Et Joseph ?

 

La fête de Joseph est, à notre connaissance, mentionnée pour la première fois dans un calendrier liturgique copte au 5ème siècle, puis apparaît dans un calendrier français le 19 mars (pour la première fois) au 8ème siècle.

La présence de Joseph dans le récit de la Nativité est une figure familière de chaque crèche de Noël. Pourtant, pendant des siècles, l’Église ne lui a prêté que peu d’attention. C’est particulièrement frappant si on considère l’intérêt extraordinaire porté au rôle de Marie dans l’économie du salut. L’Église était tellement désireuse de souligner la paternité divine de Jésus que Joseph, le père adoptif, s’en est trouvé relégué dans l’ombre. Ce n’est qu’au 16ème siècle qu’on a officiellement encouragé l’extension de son culte. À cette époque, Joseph commence à figurer plus largement dans la prédication populaire comme l’idéal de celui qui protège les siens et subvient à leurs besoins. En 1970, Pie XI le déclare Patron de l’Église Universelle.

La personne de Joseph, époux de Marie. intrigue les exégètes et enchante les spirituels. Les exégètes débattent de sa personne : était-il plus âgé que Marie, marié avant d’avoir rencontré Marie, avec jusqu’à six enfants de ce premier mariage, et quel âge avait Jésus à la mort de Joseph ? Les exégètes débattent de son origine : était-il de Bethléem ou de Nazareth, a-t-il déménagé avec sa famille de Nazareth à Bethléem ou de Bethléem à Nazareth ? Une autre question discutée par les exégètes est celle de son caractère et en particulier de sa réaction face à la grossesse de Marie : a-t-il soupçonné Marie d’infidélité, était-il un homme de compassion désireux d’éviter le déshonneur à Marie, était-il au courant de la conception virginale et se sentait-il indigne de demeurer en présence d’un tel mystère, était-il à la fois respectueux de la loi de Moïse et réticent à exposer Marie publiquement ? Enfin, les exégètes débattent de la généalogie de Joseph : son père est-il Jacob comme l’indique Matthieu ou Heli comme le suggère Luc ?

Dans son encyclique Redemptoris Custos, le pape Jean-Paul II prend soin de s’abstenir de toute spéculation sur les détails de la biographie et de la vie quotidienne de Joseph. Toutefois, le pape offre de nombreuses réflexions pertinentes pour la compréhension de la relation entre Joseph et Marie. L’idée maîtresse de Jean-Paul II est que la relation de Joseph et Marie est essentiellement fondée dans leur appel mutuel à se dévouer au Divin Enfant.

D’autre part, St Joseph est l’un des saints les plus populaires des temps modernes, surtout après la Réforme. Il est le saint patron de nombreux pays (p.ex. Autriche, Canada, Mexique ou Pérou) et de nombreuses causes : chasteté, orphelins, maraige et familles, auberges et aubergistes, réfugiés, collecteurs de fonds, charpentiers et bûcherons ou encore pour une bonne mort.

Les saints et les grands spirituels, par leur dévotion et leurs réflexions, ont exercé une influence sur le renouvellement et l’approfondissement de l’importance de la figure de Joseph. Parmi eux, on compte Thèrèse d’Avila, Farnçois de Sales et Bernadette. Considérez ce qu’écrit François de Sales : « Je ne trouve rien de plus doux à mon imagination que de regarder le petit Jésus dans les bras de ce grand saint, l’appelant père avec des mots d’enfants et un cœur absolument filial et aimant. » Quel exégète pourrait réfuter cette méditation ? Ou prenez cette autre méditation priante extraite de l’Hymna acathiste à la Mère de Dieu. Elle présente un magnifique mélange de questionnement honnête et de louange de l’action surnaturelle de Dieu :

« Joseph le Sage se troubla, secoué par une tempête de pensées contradictoires. Il te [ = Marie] vit inépousée et te soupçonna un amour caché, toi l’irréprochable. Mais, apprenant que ce qui avait été engendré en toi venait de l’Esprit Saint, il s’écria : Alleluia ! »

Cet « alleluia » est en soi une preuve suffisante de la profonde sainteté de Joseph. De fait, Joseph est un puissant saint. Sa sainteté est triple du fait que, d’une certaine manière, elle participe aussi de celle de Jésus et de Marie, la Sainte Famille. Le conte suivant, en provenance de Vérone, en Italie, souligne cela et nous rappelle avec humour la force puissante de cet humble saint :

« Il était une fois un homme dévoué exclusivement à St Joseph. Il adressait toutes ses prières à St Joseph, allumait des bougies à St Joseph, faisait l’aumône au nom de St Joseph ; bref, il ne reconnaissait personne en dehors de St Joseph. Après sa mort, il comparut devant St Pierre. Ce dernier refusa de le laisser entrer au Paradis vu que tout ce que’on pouvait porter à son crédit était toutes ces prières qu’il avait dites durant sa vie à St Joseph.

“Vu que je suis arrivé jusqu’ici,” dit le dévot de St Joseph, “laisse-moi au moins le voir.” St Pierre fit donc appeler St Joseph. St Joseph arriva et, reconnaissant là son dévot, lui dit, “Félicitations ! Viens, entre tout de suite !”

“Je ne peux pas. St Pierre ne veut pas me laisser entrer parce que, dit-il, je n’ai prié que toi et aucun autre saint.”

St Joseph répliqua : “Où est la différence ? Entre tout de même !”

Mais St Pierre continuait de barrer le chemin. Une dispute s’ensuivit et St Joseph finit par déclarer à St Pierre : « Ou tu le laisses entrer, ou je prends ma femme et le gamin et je déménage le Paradis à un autre endroit.” »

 

 

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