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Qu’en est-il de Medjugorje ?
Les apparitions de Marie dont on a fait état à Medjugorje dans l’ex-Yougoslavie (aujourd’hui en Bosnie-Herzégovine), ont attiré l’attention du monde entier. Cela a commencé en 1981 et, depuis cette date jusqu’au début des années 1990, Medjugorje a été un des plus importants lieu de pèlerinage de l’Église catholique. Jusqu’en 1991, Medjugorje avait reçu plus de 18 millions de pèlerins, 50.000 prêtres et plus d’une centaine d’évêques. Même au cours de la terrible guerre fratricide, les pèlerinages n’ont pas cessé et semble jouir d’un regain de faveur actuellement.
En même temps, Medjugorje a été l’objet d’une controverse entre l’évêque du lieu et les franciscains en charge du site des apparitions. Mgr Zanic, de même que Mgr Peric, son successeur, n’ont pas reconnu et ne reconnaissent toujours pas le caractère surnaturel des événements. Leur jugement en la matièresemble être de nature définitive (constat de non supernaturalitate). D’autre part, nous avons le verdict de la Conférence épiscopale de l’ancienne Yougoslavie du 10 avril 1991, qui est plus nuancé et peut être résumé comme suit : « Sur la base des investigations faites jusqu’ici, on ne peut affirmer qu’on ait affaire à des apparitions et révélations surnaturelles ». Ce qui équivaut à une déclaration disant « non constat de supernaturalitate ». Ainsi, à l’heure actuelle, il n’y a pas de jugement final en ce qui concerne l’authenticité des apparitions de Medjugorje. D’un point de vue pastoral, ilconvient d’observer les points suivants :
1) Ceux qui ont autorité pour parler au sujet de Medjugorje :
L’évêque de Mostar n’est plus en charge du dossier depuis 1986. Celui qui était alors le cardinal Ratzinger l’en a relevé et a confié l’affaire aux mains de la Conférence épiscopale de Yougoslavie. Cela signifie qu’en l’état actuel, c’est à la Conférence épiscopale de Bosnie-Herzégovine de décider.
2) État actuel de la position de l’Église quant à l’authenticité des apparitions :
Rome respecte la déclaration de la Conférence épiscopale de l’ancienne Yougoslavie en date du 10 avril 1991. Laquelle dit ceci : « Depuis le début, les évêques ont suivi les événements de Medjugorje à travers l’évêque du lieu, la commission des évêques et la commission de la Conférence épiscopale de Yougoslavie pour Medjugorje. Sur la base des études faites jusqu’à aujourd’hui, on ne peut confirmer que des apparitions et révélations surnaturelles aient lieu là-bas. Cela dit, le rassemblement, à Medjugorje, de fidèles de différentes parties du monde, motivés par la foi, requiert l’attention et le soin pastoral des évêques C’est pourquoi, dans un esprit de communion ecclésiale, notre conférence épiscopale est prête à assister l’évêque diocésain dans l’organisation des activités pastorales à Medjugorje de manière à y promouvoir une adéquate vie liturgique et sacramentelle et à y prévenir toute manifestation et tout message qui ne seraient pas en accord avec l’esprit de l’Église. »
3) Pèlerinages à Medjugorje :
Les pèlerinages à Medjugorje sont autorisés pour autant qu’ils soient accomplis en privé (par exemple, aucun pèlerinage diocésain n’est autorisé) et à condition qu’ils ne soient pas considérés comme une authentification des événements qui sont toujours en cours et qui demandent un examen continu.
4) Enquête en cours sur l’authenticité des apparitions :
Il n’est pas certain que des enquêtes soient menées à l’heure actuelle. La nécessité d’examens ultérieurs avait été reconnue, au moins indirectement, par la Conférence épiscopale yougolsave en 1991. Comme indiqué ci-dessus, la responsabilité de tels examens est du ressort de la Conférence épiscopale de Bosnie-Herzégovine. Selon un courrier datant du 26 mai 1998, Mgr Bertone, Secrétaire de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, disait qu’une conférence épiscopale pourrait peut-être rouvrir la réexamination de ce cas. On a aussi appris, en 1998, qu’« une nouvelle commission aurait été nommée à Sarajevo » (cf. revue Queenship, 1998, p. 374).
Ces divers points se retrouvent dans la lettre du 26 mai 1998 de Mgr Bertone adressée à Mgr Gilbert Aubry, évêque de Saint-Denis de la Réunion. Voici ce qu’elle contient :
CONGRÉGATION POUR LA DOCTRINE DE LA FOI Pr. No 154/81-06419 Le 26 mai 1998 À Son Excellence Mgr Gilbert Aubry Évêque de Saint-Denis de la Réunion
Excellence,
Dans votre lettre du 1er janvier 1998, vous avez soumis à ce Discatère plusieurs questions sur la position du Saint-Siège et de l’Évêque de Mostar concernant les soi-disantes apparitions de Medjugorje, les pèlerinages privés et le soin pastoral des fidèles qui s’y rendent.
À ce sujet, je pense qu’il est impossible de répondre à chacune des questions posées par Votre Excellence. Le principal point que je voudrais relever est que le Saint-Siège, en tant que cours de première instance, ne prend ordinairement pas position au sujet de supposés phénomènes surnaturels. Quant à la crédibilité des « apparitions » en question, ce Dicastère respecte ce qui avait été décidé par les évêques de l’ancienne Yougoslavie dans la Déclaration de Zadar du 10 avril 1991 : « Sur la base des études faites jusqu’à aujourd’hui, on ne peut affirmer qu’on ait affaire à des apparitions et révélations surnaturelles. » Suite à la division de la Yougoslavie en différents États indépendants, ce serait maintenant de la compétence des membres de la Conférence épiscopale de Bosnie-Herzégovine de rouvrir peut-être l’examination de ce cas et de faire toute nouvelle déclaration qui pourrait s’imposer.
Ce que Mgr Peric disait dans sa lettre au Secrétaire Général de Famille Chrétienne, à savoir que : « Ma conviction et ma position n’est pas seulement “non constat de supernaturalitate”, mais même “constat de non supernaturalitate” des apparitions ou révélations à Medjugorje », devrait être considéré comme l’expression de la conviction personnelle de l’Évêque de Mostar qu’il avait le droit d’exprimer en tant qu’Ordinaire du lieu, mais qui est et demeure son opinion personnelle.
Enfin, en ce qui concerne les pèlerinages à Medjugorje, qui sont entrepris de façon privée, cette Congrégation souligne qu’ils sont permis à condition qu’ils ne soient pas considérés comme une authentification d’événements qui continuent d’avoir lieu et qui requièrent encore un examen de l’Église.
J’espère avoir répondu à votre satisfaction, au moins au principales questions que vous avez présentées à ce Dicastère et je prie Votre Excellence d’accepter l’expression de mes sentiments dévoués.
Tarcision Bertone, archevêque (Secrétaire de la Congrégation présidée par le Cardinal Ratzinger)
Voir aussi : Quelles apparitions mariales ont-elles été reconnues par les autorités ecclésiastiques ?
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