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Pourquoi les catholiques prient-ils Marie ?
Aux yeux des catholiques, les différents types de prières mariales répondent à autant d’intentions différentes. Réciter le Magnificat (voir ci-dessous) est, par exemple, une manière de louer Dieu comme l’a fait Marie. En priant l’Angélus (voir ci-dessous), on commémore un événement de l’histoire du salut dans lequel Marie a joué un rôle majeur. De telles commémorations sont aussi célébrées par l’Église tout entière au cours du cycle liturgique. À Noël, par exemple, les fidèles rappellent le rôle de Marie dans la naissance du Christ.
Les prières qui, tel le Je vous salue Marie, invoquent l’intercession de Marie en faveur d’intentions personnelles, forment un groupe à part, qui a donné matière à controverses depuis le temps de la Réforme aux 16ème et 17ème siècles.
La pratique d’invoquer de saints personnages afin qu’ils intercèdent auprès de Dieu en faveur des suppliants, a ses racines dans les Écritures. Des gens venaient ainsi trouver le prophète Jérémie pour lui demander d’intercéder en leur faveur auprès de Dieu (Jérémie 42,1-2). De là, comme Dieu lui-même fait état de la possibilité pour de grandes figures du passé de plaider auprès de lui la cause d’autrui (Jérémie 15,1), l’idée s’est fait jour que Jérémie continuait son rôle d’intercesseur même après avoir quitté ce monde (2 Maccabées 2,14). Puis, avec la révélation du Christ, les chrétiens ont compris que les saints intercèdent en union avec Jésus. Il y a des priants sur terre (Matthieu 18,19-20) et des priants au ciel (Apocalypse 8,3-4) appelés les « saints ». Aux premiers siècles de l’Église, on vénérait et invoquait celles et ceux qui avaient subi le martyre pour le Christ. La pratique dérive de la doctrine selon laquelle les saints sont unis à Jésus en un unique corps mystique (Romains 12,5).
L’usage d’appeler Marie à l’aide apparaît également très tôt dans l’histoire de l’Église catholique. Un des plus anciens témoignages de la confiance placée en Marie est la prière Sub Tuum que les historiens font remonter au 3ème siècle. En voici une traduction française :
Sous
l'abri de ta miséricorde,
Cet usage devint objet de désaccord profond entre Catholiques et Protestants. Après la crise de la Réforme, le Concile catholique de Trente réaffirma l’enseignement chrétien traditionnel sur l’intercession des saints, lequel s’applique en prééminence à Marie : …les saints qui règnent avec le Christ offrent à Dieu leurs prières pour les hommes ; […] il est bon et utile de les invoquer humblement et, pour obtenir de Dieu des bienfaits par son Fils Jésus Christ notre Seigneur, qui est notre seul Rédempteur et Sauveur, de recourir à leurs prières, à leur aide et à leur assistance…
Décret sur l’invocation, la vénération et les reliques des saints, et sur les saintes images, 3 décembre 1563.
Environ un siècle après le Concile de Trente, le Synode de Jérusalem tenu par l’Église orthodoxe a proclamé un point de vue semblable. Les Protestants, en revanche, objectent que le recours à Marie et aux saints affaibli la confiance en Jésus Christ, lequel est notre « unique médiateur » :
Car Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s’est livré en rançon pour tous. Tel est le témoignage rendu aux temps marqués… (1 Timothée 2,5-6).
Un examen approfondi de ce sujet dans le cadre du dialogue entre catholiques et protestants peut être trouvé dans l’ouvrage suivant : GROUPE DES DOMBES, Marie dans le dessein de Dieu et la communion des saints (Paris, Éditions Bayard, 2002). Une excellente réflexion catholique contemporaine sur le sujet figure au chapitre 3 de l’encyclique Redemptoris Mater de Jean-Paul II, publiée en 1987. Le paragraphe 38 débute ainsi comme suit :
L'Eglise sait et enseigne avec saint Paul que nous n'avons qu'un seul médiateur: «Dieu est unique, unique aussi le médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus, homme lui-même, qui s'est livré en rançon pour tous» (1 Timothée 2, 5-6). «Le rôle maternel de Marie à l'égard des hommes n'offusque et ne diminue en rien cette unique médiation du Christ: il en manifeste au contraire la vertu» (Concile du Vatican II, Constitution dogmatique sur l’Église Lumen Gentium, § 60) : c'est une médiation dans le Christ.
Les catholiques ne prient pas Marie comme si elle était Dieu. La prière à Marie est mémoire des grands mystères de notre foi (dans le Rosaire : Incarnation et Rédemption opérées par le Christ), louange à Dieu pour les merveilles qu’il a accomplies dans et à travers ses créatures (première partie du Je vous salue Marie) et intercession (deuxième partie du Je vous salue Marie). Cette dernière prière est adressée à Marie vue non pas comme une super vendeuse, mais comme quelqu’un qui nous soutient et nous aide à discerner la volonté de Dieu dans nos vies. Marie est une voie offerte, hautement recommandable et recommandée, mais pas un passage obligé.
TEXTES CITÉS :
Jérémie 42,1-2 : « Alors tous les officiers (…) ainsi que tout le peuple, petits et grands, vinrent dire au prophète Jérémie : “Que notre supplication puisse te toucher ! Intercède auprès de Yahvé ton Dieu en notre faveur…” »
Jérémie 15,1 : « Yahvé me dit : “Même si Moïse et Samuel se tenaient devant moi, je n’aurais pas pitié de ce peuple-là ! Chasse-les loin de moi : qu’ils s’en aillent !” »
2 Maccabées 15,14 : « Prenant la parole, Onias disait : “Celui-ci est l’ami de ses frères, qui prie beaucoup pour le peuple et pour la ville sainte tout entière, Jérémie, le prophète de Dieu.” »
Matthieu 18,19-20 : « De même, je vous le dis en vérité, si deux d’entre vous, sur la terre, unissent leurs voix pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. Que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux. »
Apocalypse 8,3-4 : « Un autre Ange vint alors se placer près de l’autel, muni d’une pelle en or. On lui donna beaucoup de parfums pour qu’il les offrît, avec les prières de tous les saints, sur l’autel d’or placé devant le trône. Et, de la main de l’Ange, la fumée des parfums s’éleva devant Dieu, avec les prières des saints. »
Romains 12,5 : « …ainsi nous à plusieurs, nous ne formons qu’un seul corps dans le Christ, étant, chacun pour sa part, membres les uns des autres. »
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