La virginité perpétuelle de Marie doit-elle être considérée comme un dogme ? A-t-elle une signification plus profonde ?

 

 

            Cette doctrine a été soumise à discussion jusque vers la fin du 4ème siècle lorsque un consensus a émergé. Le plus ancien témoignage de la virginité perpétuelle de Marie semble apparaître dans le récit apocryphe du Protévangile de Jacques (vers 150). Tertullien (mort vers 220) niait la virginité de Marie après la naissance de Jésus. Origène (mort en 254), en revanche, enseignait la virginité perpétuelle de Marie. En Orient, St. Athanase (mort en 373) a fermement défendu la virginité de Marie après la naissance de Jésus. Peu après, St Basile le Grand (mort vers 380) acceptait la virginité perpétuelle de Marie et déclarait que cela reflétait le point de vue général des fidèles ; cependant, il ne considérait pas cela comme un dogme. Vers la même époque, en Occident, Jovinien (mort vers 406) et Helvidius (autour de 383) niaient la virginité perpétuelle de Marie tandis que St. Ambroise (mort en 397), St. Jérôme (mort en 420) et St. Augustin (mort en 430) la défendaient avec insistance. Après cette époque, le monachisme s’est largement diffusé et les valeurs de la virginité consacrée devinrent plus connues et communément acceptées. Il s’en est apparemment suivi un consensus général et un enseignement clair sur la virginité perpétuelle de Marie.

 

            Les actes officiels du cinquième Concile Œcuménique, tenu à Constantinople en 553 (= Constantinople II), fait référence à Marie en tant que aeiparthenos (= toujours vierge). Par exemple, un anathème condamne ceux qui nient que :

 

…il y a deux générations du Dieu Verbe, l’une avant les siècles, du Père, intemporelle et incorporelle, l’autre aux derniers jours, du même Verbe qui est descendu des cieux et s’est incarné de la sainte et glorieuse Mère de Dieu toujours vierge, et qui a été engendré d’elle…

 

            Cette affirmation n’a pas été faite pour répondre à une question directe sur la virginité de Marie. C’est pourquoi certains estiment qu’il n’y a pas là une définition dogmatique de la virginité perpétuelle de Marie même si mention en est faite dans un document qui veut définir. Pour les catholiques, les définitions dogmatiques peuvent être faites soit par le collège des Évêques en communion avec son chef l’évêque de Rome, soit par le pape en vertu de son autorité sur l’ensemble du collège des évêques. Elles doivent dériver, au moins implicitement, de la révélation close à la mort des apôtres.

 

            Quoique non œcuménique, le Concile du Latran de 649 réuni par le pape Martin 1er a aussi publiée une déclaration importante affirmant la virginité de Marie tout au long de sa vie :

                       

Si quelqu’un ne confesse pas, selon les saints Pères, en un sens propre et véritable, Mère de Dieu la sainte, toujours vierge, et immaculée Marie, puisque c’est en un sens propre et véritable Dieu verbe lui-même, engendré de Dieu le Père avant tous les siècles, qu’elle a, dans les derniers temps, conçu du Saint-Esprit sans semence et enfanté sans corruption, sa virginité demeurant inaltérée aussi après l’enfantement, qu’il soit condamné.

 

            Après Constantinople II, le titre de « toujours vierge » a été universellement accepté par l’Église. Bien que déjà présents dans certains cadres liturgiques, les références à la virginité perpétuelle de Marie se sont alors propagées partout dans la vie liturgique de l’Église. De ce fait, il n’apparaît pas pertinent de remettre le dogme en question sous le seul prétexte qu’il n’en existe pas de « définition » explicite. Tous les enseignements de l’Église appartenant au dépôt de la foi n’ont pas été confirmés par une définition dogmatique formelle (p.ex. l’immortalité de l’âme). Cela a souvent été le cas pour les enseignements qui n’ont jamais été sérieusement contestés.

 

            Il existe d’autres normes au moyen desquelles l’Église peut avoir l’assurance qu’un enseignement a été infailliblement révélé par Dieu : le consensus fidelium (à savoir l’accord général parmi l’ensemble de tous les fidèles, « des évêques jusqu’aux derniers des fidèles laïcs » selon Lumen Gentium n° 12) et le « magistère ordinaire universel » (à savoir les enseignements officiels fréquents affirmant, sur un sujet, un point de vue donné par le pape seul ou par l’épiscopat en général). Pour ce qui est de la virginité perpétuelle de Marie, nous avons l’assurance que cet enseignement peut être considéré comme révélé infailliblement à la lumière des déclarations du 5ème Concile Œcuménique et en vertu de son emploi constant dans la vie de l’Église par la suite (c’est-à-dire consensus des fidèles et magistère ordinaire universel).

 

            Le dogme de la virginité perpétuelle de Marie n’est pas simplement une référence à un fait historique. Ce fait historique a une signification plus profonde, une dimension spirituelle. Il témoigne du caractère radical de la relation de Marie à Dieu. Sa vie n’existe que pour, par et en Dieu. En outre, il témoigne de la singularité de l’événement du Christ. Enfin, cet enseignement illustre la figure de Marie en tant que type de l’Église :

En même temps, à l'exemple de Marie, l'Eglise reste la vierge fidèle à son époux: «Elle aussi est vierge, ayant donné à son Epoux sa foi, qu'elle garde intègre et pure». L'Eglise est en effet l'épouse du Christ, comme il apparaît dans les Lettres de Paul (cf. Ep 5,21-33; 2 Co 11,2) et dans le nom que Jean lui donne: «l'Epouse de l'Agneau» (Ap 21,9). Si l'Eglise, comme épouse, «garde la foi donnée au Christ», cette fidélité, tout en étant devenue l'image du mariage dans l'enseignement de l'Apôtre (cf. Ep 5,23-33), possède aussi une autre valeur: c'est l'exemple même de la donation totale à Dieu dans le célibat «à cause du Royaume des cieux», c'est-à-dire de la virginité consacrée à Dieu (cf. Mt 19,11-12; 2 Co 11,2). Et précisément cette virginité, à l'exemple de la Vierge de Nazareth, est la source d'une fécondité spirituelle spéciale: c'est la source de la maternité dans l'Esprit Saint. (Redemptoris Mater, n° 43).

 

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